Tribune

Par
Mélanie Ordines
Présidente du Syndicat National Autonome des Orthoptistes (SNAO)
Dans le domaine de la santé, il est souvent admis à tort que la téléconsultation est une innovation introduite par la pandémie de Covid-19.
Pourtant, les orthoptistes travaillent en télémédecine depuis 2015 sur la prévention de la rétinopathie pigmentaire du diabétique. Un acte de télémédecine avec les ophtalmologues pour augmenter le dépistage en nombre et augmenter la présence sur le territoire. Malgré ses succès et ses bénéfices potentiels, il est regrettable de constater que cette pratique n’a pas encore atteint la reconnaissance et l’ampleur qu’elle mérite. Il est donc pertinent de se questionner sur les causes de cette situation. Malgré le déploiement de la télémédecine et du numérique au cours des quatre dernières années, avons-nous pris le temps d’observer ce qui était déjà en place et d’analyser les aspects positifs et négatifs de ces pratiques ?
La formation initiale et continue des orthoptistes semble insuffisante en ce qui concerne l’intégration des nouvelles technologies. Le manque de moyens financiers alloués à cette formation limite la capacité des futurs professionnels de santé à maîtriser pleinement les outils numériques nécessaires à la pratique de la télémédecine ou toute autre modernisation de la pratique. De plus, l’accent mis sur la formation en milieu hospitalier, au détriment de la formation en libéral, ne répond pas aux besoins des déserts médicaux où le recours au numérique pourrait pallier le manque d’accès aux soins.
La communication auprès des usagers est un autre aspect négligé. Les patients expriment un désir croissant d’accéder aux soins via des moyens numériques, mais la méfiance persiste en raison de scandales passés et de préoccupations concernant la sécurité et la qualité des soins à distance. Il est essentiel que les professionnels de santé et les autorités sanitaires s’engagent dans une communication transparente et rassurante afin d’encourager l’adoption du numérique par les usagers. Les Français réclament l’accès aux soins, mais l’accès aux soins ne doit jamais s’éloigner ou se dissocier de la qualité et de la sécurité du soin.
Enfin, la question se pose sur les choix organisationnels et financiers dans le domaine de la santé. Les modalités financières jouent un rôle déterminant dans la viabilité et l’accessibilité de cette pratique novatrice.
Tout d’abord, il est essentiel d’établir des mécanismes de remboursement adaptés pour les actes demandant un équipement moderne. Les professionnels de santé doivent être rémunérés de manière équitable pour leurs services, tout en garantissant la soutenabilité financière du système de santé dans son ensemble. Cela nécessite une collaboration entre les autorités de santé, la caisse d’Assurance maladie, les mutuelles et les acteurs représentatifs pour définir des tarifs justes et transparents.
Mais il est crucial d’assurer la transparence et la traçabilité des dépenses liées à la santé, afin d’évaluer son impact financier sur le système de santé et d’optimiser son efficacité à long terme.
Il est désormais évident pour tous que l’intégration du numérique, avec ses innovations, sa coordination accrue et l’introduction de l’intelligence artificielle dans nos pratiques, est une étape incontournable. Cependant, ne risquons-nous pas de précipiter les choses uniquement pour répondre aux besoins de soins, au détriment d’une transition réfléchie et équilibrée ?
Comment peut-on expliquer que, malgré le scandale des centres de santé frauduleux ayant abusé du système de santé à des fins financières et ayant mis en péril la santé des patients, nous persistons à proposer des systèmes de soins dépourvus de réglementation, de mécanismes de protection et de sécurité pour les patients ?
L’intégration du numérique et de la télémédecine dans les parcours de santé doit être conçue de manière à garantir la qualité des soins, l’accessibilité pour tous et la soutenabilité financière du système de santé. Cela nécessite une approche collaborative et innovante impliquant l’ensemble des parties prenantes du secteur de la santé.
En conclusion, le numérique représente un potentiel considérable pour améliorer la prévention et le dépistage des troubles de la vision, notamment dans le contexte du vieillissement de la population. Cependant, son développement est entravé par des obstacles liés à la formation, à la communication et aux choix politiques en matière de santé. Il est impératif d’investir davantage dans ces domaines afin de permettre aux orthoptistes et autres professionnels de santé de réaliser pleinement leur potentiel au service des patients.